Interview de Zoé CHAMOT, doctorante en biologie marine à Boston University

Interview de Zoé CHAMOT, doctorante en biologie marine à Boston University

À seulement 25 ans, Zoé CHAMOT partage son quotidien entre les laboratoires de Boston University et les récifs coralliens de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Passionnée par la biologie marine, elle consacre ses recherches à la génétique des populations de poissons-clowns tout en enseignant la plongée scientifique. Entre expéditions de terrain, recherche, transmission des connaissances et engagement face aux conséquences du changement climatique, elle nous raconte un parcours aussi exigeant que passionnant.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je m'appelle Zoé CHAMOT, j'ai 25 ans et je suis actuellement doctorante en biologie marine à Boston University, aux États-Unis. En parallèle de mon doctorat, je suis également monitrice de plongée, une compétence que j'ai développée dans le cadre de mes recherches.

Après mon baccalauréat, j'ai commencé par une année de classe préparatoire scientifique au lycée Saint-Louis à Paris. C'était un parcours qui était souvent conseillé aux bons élèves, mais je me suis rapidement rendu compte que ce n'était pas ce qui me correspondait le mieux. J'ai donc choisi de me réorienter vers une double licence de biologie et de philosophie à la Sorbonne. J'ai beaucoup apprécié cette formation, car elle me permettait de nourrir à la fois mon intérêt pour les sciences et ma curiosité pour les disciplines littéraires.

Les deux dernières années de licence ont malheureusement été marquées par la crise du Covid-19. Les échanges universitaires et les stages que j'avais prévus ont été annulés. J'ai ensuite intégré un master de biologie à l'École normale supérieure de Paris. Au cours de ce master, j'ai décidé de prendre une année de césure afin d'effectuer plusieurs stages en biologie marine, notamment en Polynésie française et au Japon.

Ces expériences ont été déterminantes. J'y ai rencontré des chercheurs qui travaillaient sur des sujets qui me passionnaient et qui m'ont conseillé de contacter le directeur de recherche avec lequel je travaille aujourd'hui à Boston. C'est ainsi que j'ai rejoint les États-Unis pour commencer mon doctorat.

En quoi consiste votre doctorat ?

Être doctorante est un métier particulièrement varié, et c'est justement ce qui me plaît le plus. Aux États-Unis, les deux premières années de doctorat comprennent encore des enseignements assez avancés, comparables à ceux d'un master.

En parallèle, je développe mon propre projet de recherche. Je travaille sur la génétique des populations en utilisant le poisson-clown comme organisme modèle. Comme il n'y a évidemment pas de poissons-clowns à Boston, je réalise régulièrement des missions de terrain en Papouasie-Nouvelle-Guinée afin de collecter des données.

Une fois de retour à Boston, je passe beaucoup de temps au laboratoire pour effectuer le séquençage génétique, puis j'analyse les données grâce à la programmation informatique. À cela s'ajoute également une dimension d'enseignement car nous assistons des professeurs lors des travaux dirigés ou des travaux pratiques. Nous devons aussi rédiger des demandes de financement, publier des articles scientifiques et gérer un projet de recherche de manière très autonome.

À terme, mon objectif est de devenir enseignante-chercheuse à l'université, même si les postes sont très compétitifs. Un doctorat ouvre également des opportunités dans le secteur privé, notamment dans les entreprises de biotechnologie.

Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer ce métier ?

À mon sens, la première qualité est l'autonomie. Le doctorat est souvent la première expérience où l'on mène un projet de recherche de A à Z. Il faut imaginer des idées originales, trouver des financements, organiser les différentes étapes du projet, encadrer parfois des stagiaires, analyser les résultats puis les publier.

La créativité est également essentielle. Pour obtenir des financements, il faut être capable de proposer des projets innovants et convaincre les organismes financeurs que les questions que l'on souhaite étudier sont pertinentes.

Enfin, l'adaptabilité est indispensable. En recherche, tout ne se déroule jamais comme prévu. Dans mon cas, la population de poissons-clowns que je suivais depuis plusieurs années a subi un épisode massif de mortalité après un blanchissement corallien provoqué par une vague de chaleur océanique en 2025. En quelques semaines, près de 70 % des poissons que j'étudiais ont disparu. Il a fallu repenser complètement le projet de recherche et s'interroger sur les causes et les conséquences de cet événement.

Sur le plan personnel, ça a été difficile émotionnellement. Comme je retourne régulièrement sur les mêmes sites, je retrouve les mêmes poissons à chaque mission. Lorsqu'une grande partie de cette population disparaît, cela rappelle très concrètement les effets du changement climatique sur les récifs coralliens.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre activité ?

Ce que j'aime avant tout, c'est satisfaire ma curiosité. J'ai toujours aimé me poser des questions et chercher à comprendre le fonctionnement du vivant.

J'apprécie également l'extrême diversité de mon quotidien. Certaines journées se passent sous l'eau à observer les poissons-clowns, d'autres au laboratoire, devant un ordinateur pour programmer ou analyser les données, ou encore à enseigner et à communiquer.

La communication scientifique occupe d'ailleurs une place importante dans mon travail. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, nous collaborons avec une ONG qui sensibilise les collégiens et les lycéens à la biologie marine. J'interviens régulièrement auprès des jeunes pour leur présenter nos recherches. Nous travaillons aussi avec un centre de plongée où je rencontre des touristes afin de leur expliquer les espèces qu'ils peuvent observer ainsi que les impacts du changement climatique sur les récifs coralliens.

J'aime beaucoup cette possibilité de transmettre mes connaissances tout en poursuivant mes recherches.

Quels sont les principaux défis de votre quotidien ?

Le plus grand défi est probablement l'instabilité permanente liée à mon mode de vie. J'alterne constamment entre Boston, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la France. Cette mobilité implique beaucoup d'organisation administrative, entre les visas, les impôts, les déplacements et l'adaptation à des cultures très différentes.

Le travail de terrain est également très exigeant physiquement. En Papouasie, nous plongeons jusqu'à quatre fois par jour, soit plusieurs heures sous l'eau quotidiennement. Il faut donc être en excellente condition physique, car le moindre problème de santé, comme un simple rhume, peut empêcher de plonger pendant plusieurs jours.

Les risques liés au terrain existent aussi  (maladies tropicales, isolement, conditions climatiques ou encore nécessité de travailler sept jours sur sept afin de suivre le rythme biologique des espèces étudiées). Nous devons parfois même effectuer des plongées de nuit lorsque le protocole scientifique l'exige.

Pour des raisons de sécurité, je limite généralement mes plongées à une profondeur maximale de vingt mètres afin de réduire les risques d'accident de décompression.

Vous êtes également devenue monitrice de plongée ?

Pour réaliser de la recherche sous-marine, il faut obtenir une qualification spécifique en plongée scientifique. J'ai obtenu cette certification aux États-Unis dès mon arrivée à Boston.

Par la suite, comme je passais beaucoup de temps en Papouasie en partenariat avec un centre de plongée, j'ai eu l'opportunité de devenir monitrice.

Cette qualification me tient particulièrement à cœur, car elle permet de réduire une inégalité que l'on retrouve souvent dans notre domaine. Les stages de recherche sur le terrain sont généralement accessibles à des étudiants qui savent déjà plonger, or la plongée représente un coût important. Aujourd'hui, je peux former moi-même des étudiants qui n'ont jamais eu cette possibilité et leur permettre de participer aux missions de terrain.

Pourquoi avoir choisi de suivre votre scolarité à Saint-Michel ?

J'ai effectué toute ma scolarité à Saint-Michel, de la sixième à la terminale. Mes parents avaient choisi cet établissement notamment pour la section bilingue anglais-allemand.

Avec le recul, je pense que cet apprentissage des langues a été un immense avantage.
Toute la recherche scientifique internationale se fait aujourd'hui en anglais. Les articles que je lis, ceux que j'écris et les conférences auxquelles je participe utilisent cette langue.

La section européenne, ainsi que les voyages d'immersion aux États-Unis et en Autriche, ont énormément contribué à développer mon aisance linguistique. Grâce à cela, lorsque j'ai cherché des stages ou un doctorat à l'étranger, la langue n'a jamais été un frein. J'ai même réalisé mon premier stage au Panama, sans parler espagnol au départ, simplement parce que je savais m'adapter facilement à un nouvel environnement linguistique.

Quel conseil donneriez-vous aux lycéens qui souhaitent suivre votre voie ?

Je leur dirais avant tout de rester curieux et de ne pas se mettre de barrières. Il ne faut pas penser qu'il existe un seul parcours possible. Si plusieurs disciplines vous passionnent, il est souvent possible de les combiner.

Pendant longtemps, j'ai hésité à suivre un parcours mêlant sciences et philosophie, car cela semblait moins conventionnel qu'une classe préparatoire. Finalement, c'est ce choix qui m'a le plus épanouie.

Je leur conseillerais également de ne pas avoir peur de partir à l'étranger. C'est une expérience exigeante, qui demande beaucoup d'adaptation, mais qui ouvre énormément de perspectives personnelles et professionnelles.

Enfin, je pense qu'il ne faut jamais négliger les compétences littéraires, même lorsque l'on souhaite faire des sciences. Aujourd'hui, elles me servent quotidiennement pour rédiger des articles scientifiques, préparer des demandes de financement ou communiquer autour de mes recherches. La curiosité, l'ouverture d'esprit et l'envie d'apprendre restent, selon moi, les plus grandes qualités pour construire un parcours qui vous ressemble.

Articles pouvant également vous intéresser